Myriam. Pourquoi, selon vous, les Espagnols ont-ils fait un tel choix ? Pour se débarrasser de Zapatero, ou parce qu'ils espèrent ainsi sortir du marasme de la crise ?
François Musseau. Les Espagnols ont fait ce choix moins pour choisir la droite que pour châtier les socialistes qui, depuis un an et demi, imposent au pays une cure d'austérité sans précédent. C'est donc surtout un vote sanction, Zapatero était trop associé à la crise d'austérité, aux coupes budgétaires, aux cinq millions de chômeurs, et à l'incapacité à juguler le déficit public, si bien que le candidat socialiste Perez Rubalcaba, qui faisait partie de son gouvernement, n'a pas pu bénéficier de l'effet nouveauté. Il n'y a donc pas vraiment d'espoir sur le nouveau gouvernement, c'est plutôt un choix de «moindre mal». On se dit qu'avec un changement de gouvernement, et avec un gouvernement conservateur, le pays est plus à même de projeter une image de confiance vis-à-vis des marchés financiers.
Rabajoy. On a beaucoup lu et entendu que Rajoy était resté très flou sur son programme. A-t-on une idée des mesures qu'il compte mettre en œuvre ?
F.M. Il est vrai que Rajoy a basé toute sa campagne électorale sur une série de promesses vagues, et d'ambiguïtés savamment entretenues. L'objectif était clair: ne pas faire peur aux Espagnols pour obtenir une confortable majorité absolue. Cet objectif étant rempli, ce même Mariano Rajoy va devoir tomber le masque et annoncer désormais des mesures drastiques. Les Espagnols ne savent pas encore à quelle sauce ils vont être mangés, mais ils s'en doutent. Rajoy va devoir économiser entre 20 et 30 milliards d'euros d'ici la fin 2012, et pour cela il va devoir mettre à la rue de nombreux fonctionnaires, notamment dans les services sociaux. On n'a pas idée aujourd'hui de mesures plus concrètes, mais on se doute que le prochain Premier ministre, qui sera investi à la mi-décembre, va devoir annoncer des sacrifices clairs et nets le plus vite possible, pour rassurer, encore une fois, les milieux financiers.
Patrique. Est-ce qu'il y a, comme en France, des partis qui proposent de sortir de l'euro, voire de sortir de l'UE ?
F.M. C'est une très bonne question. La plupart des formations espagnoles n'osent pas franchir cette ligne à la fois financière et mentale. La seule exception, à ma connaissance, est la Coalition de la gauche unie (IU) qui propose une sortie de l'euro. Et comme cette formation est passée de 2 à 11 députés, grâce au vote sanction de gauche et au vote des Indignés, il est possible qu'ils se sentent dopés et utilisent la rue pour faire pression quant à cette proposition.
El Cantabro. Les socialistes promettaient une réforme des provinces. Le PP prépare-t-il des réformes sur le système des autonomies ?
F.M. Oui. Ça sera d'ailleurs un des axes des réformes de Rajoy. Quand il dit «réforme», il faut comprendre «restructuration». Hors, la droite, d'idéologie centraliste, estime que le pouvoir politique, administratif, et financier des 17 communautés autonomes (le nom donné aux régions espagnoles) est surélevé, pire que cela, il est excessif, et surtout, il coûterait très cher aux caisses de l'Etat. Autrement dit, pour faire simple, diminuer le pouvoir des régions, c'est faire des économies supplémentaires.
La mouche. La victoire du PP, très proche de l'UMP en France (Aznar participe à l’élaboration du programme de Sarkozy) peut-elle, selon vous, booster le président français sortant, en 2012 ?
F.M. Non, car en aucun cas le facteur espagnol peut, à mon avis, influer sur la décision des votants français.
Bernard. Quel est le taux d'abstention en pourcentage des inscrits ? Est-il plus fort qu'aux précédentes élections comparables ? Et si c'est le cas, comment interpréter l'abstention d'aujourd'hui, et comment évaluer les conséquences ?
F.M. L'abstention a cru par rapport aux dernières législatives de 2008, mais seulement de 2%. Il y a eu 72% de participation – donc l'abstention est de 37,5%. Même si l'abstention est en baisse, la participation demeure plus élevée que dans des élections similaires dans le reste de l'Europe.
François Musseau. Les Espagnols ont fait ce choix moins pour choisir la droite que pour châtier les socialistes qui, depuis un an et demi, imposent au pays une cure d'austérité sans précédent. C'est donc surtout un vote sanction, Zapatero était trop associé à la crise d'austérité, aux coupes budgétaires, aux cinq millions de chômeurs, et à l'incapacité à juguler le déficit public, si bien que le candidat socialiste Perez Rubalcaba, qui faisait partie de son gouvernement, n'a pas pu bénéficier de l'effet nouveauté. Il n'y a donc pas vraiment d'espoir sur le nouveau gouvernement, c'est plutôt un choix de «moindre mal». On se dit qu'avec un changement de gouvernement, et avec un gouvernement conservateur, le pays est plus à même de projeter une image de confiance vis-à-vis des marchés financiers.
Rabajoy. On a beaucoup lu et entendu que Rajoy était resté très flou sur son programme. A-t-on une idée des mesures qu'il compte mettre en œuvre ?
F.M. Il est vrai que Rajoy a basé toute sa campagne électorale sur une série de promesses vagues, et d'ambiguïtés savamment entretenues. L'objectif était clair: ne pas faire peur aux Espagnols pour obtenir une confortable majorité absolue. Cet objectif étant rempli, ce même Mariano Rajoy va devoir tomber le masque et annoncer désormais des mesures drastiques. Les Espagnols ne savent pas encore à quelle sauce ils vont être mangés, mais ils s'en doutent. Rajoy va devoir économiser entre 20 et 30 milliards d'euros d'ici la fin 2012, et pour cela il va devoir mettre à la rue de nombreux fonctionnaires, notamment dans les services sociaux. On n'a pas idée aujourd'hui de mesures plus concrètes, mais on se doute que le prochain Premier ministre, qui sera investi à la mi-décembre, va devoir annoncer des sacrifices clairs et nets le plus vite possible, pour rassurer, encore une fois, les milieux financiers.
Patrique. Est-ce qu'il y a, comme en France, des partis qui proposent de sortir de l'euro, voire de sortir de l'UE ?
F.M. C'est une très bonne question. La plupart des formations espagnoles n'osent pas franchir cette ligne à la fois financière et mentale. La seule exception, à ma connaissance, est la Coalition de la gauche unie (IU) qui propose une sortie de l'euro. Et comme cette formation est passée de 2 à 11 députés, grâce au vote sanction de gauche et au vote des Indignés, il est possible qu'ils se sentent dopés et utilisent la rue pour faire pression quant à cette proposition.
El Cantabro. Les socialistes promettaient une réforme des provinces. Le PP prépare-t-il des réformes sur le système des autonomies ?
F.M. Oui. Ça sera d'ailleurs un des axes des réformes de Rajoy. Quand il dit «réforme», il faut comprendre «restructuration». Hors, la droite, d'idéologie centraliste, estime que le pouvoir politique, administratif, et financier des 17 communautés autonomes (le nom donné aux régions espagnoles) est surélevé, pire que cela, il est excessif, et surtout, il coûterait très cher aux caisses de l'Etat. Autrement dit, pour faire simple, diminuer le pouvoir des régions, c'est faire des économies supplémentaires.
La mouche. La victoire du PP, très proche de l'UMP en France (Aznar participe à l’élaboration du programme de Sarkozy) peut-elle, selon vous, booster le président français sortant, en 2012 ?
F.M. Non, car en aucun cas le facteur espagnol peut, à mon avis, influer sur la décision des votants français.
Bernard. Quel est le taux d'abstention en pourcentage des inscrits ? Est-il plus fort qu'aux précédentes élections comparables ? Et si c'est le cas, comment interpréter l'abstention d'aujourd'hui, et comment évaluer les conséquences ?
F.M. L'abstention a cru par rapport aux dernières législatives de 2008, mais seulement de 2%. Il y a eu 72% de participation – donc l'abstention est de 37,5%. Même si l'abstention est en baisse, la participation demeure plus élevée que dans des élections similaires dans le reste de l'Europe.
Yo Claudio. Quelle sera la position de monsieur Rajoy concernant les demandes nationalistes basques et surtout, catalanes ?
F.M. Monsieur Mariano Rajoy allant consacrer tous ses efforts sur l'économie, il ne prendre en compte aucune exigence nationaliste. Il peut le faire avec d'autant plus de facilité qu'il dispose d'une large majorité absolue.
Alain. Maintenant que la gauche est mise de côté, que va-t-il en être des rapports de force ? Seront-ils plus violents avec la rue ?
F.M. On peut s'attendre, dans les semaines et les mois qui viennent, à une tension sociale redoublée. Certes, les socialistes ont perdu de leur force, mais la gauche unie a le moral au beau fixe. La gauche unie sait qu'elle a été en grande partie élue grâce aux suffrages des Indignés, elle va donc tout faire pour appuyer, et soutenir cette contestation sociale qui a surtout lieu dans la rue.
El Cantabro. En contrôlant la majeure partie des communautés autonomes (peut-être même l'Andalousie dans trois mois), des grandes villes et, désormais, du gouvernement central, c'est un véritable État PP qui va se mettre en place, non ?
F.M. Vous avez totalement raison. Jamais, depuis la fin du franquisme, un parti politique espagnol, n'avait disposé d'autant de pouvoir. C'est un avantage, bien entendu, mais cette médaille a un revers: en cas d'échec dans la crise économique, le parti populaire ne pourra brandir aucune excuse.
Flora. Que restera-t-il de la période Zapatero ?
F.M. Je pense que les Espagnols oublieront qu'il a su très mal gérer la crise. Ils s'en souviendront surtout pour avoir été en fin de mandat, le leader socialiste qui s'est comporté en père fouettard, et aussi, et surtout, pour avoir modifier en profondeur les mœurs espagnoles: mariage homosexuel, divorce express, interruption volontaire de grossesse, légalisation de recherche à partir de cellules souches, et législation sur l'égalité des sexes, en particulier les quotas d'au moins 40% de femmes sur toutes les listes électorales.
F.M. Monsieur Mariano Rajoy allant consacrer tous ses efforts sur l'économie, il ne prendre en compte aucune exigence nationaliste. Il peut le faire avec d'autant plus de facilité qu'il dispose d'une large majorité absolue.
Alain. Maintenant que la gauche est mise de côté, que va-t-il en être des rapports de force ? Seront-ils plus violents avec la rue ?
F.M. On peut s'attendre, dans les semaines et les mois qui viennent, à une tension sociale redoublée. Certes, les socialistes ont perdu de leur force, mais la gauche unie a le moral au beau fixe. La gauche unie sait qu'elle a été en grande partie élue grâce aux suffrages des Indignés, elle va donc tout faire pour appuyer, et soutenir cette contestation sociale qui a surtout lieu dans la rue.
El Cantabro. En contrôlant la majeure partie des communautés autonomes (peut-être même l'Andalousie dans trois mois), des grandes villes et, désormais, du gouvernement central, c'est un véritable État PP qui va se mettre en place, non ?
F.M. Vous avez totalement raison. Jamais, depuis la fin du franquisme, un parti politique espagnol, n'avait disposé d'autant de pouvoir. C'est un avantage, bien entendu, mais cette médaille a un revers: en cas d'échec dans la crise économique, le parti populaire ne pourra brandir aucune excuse.
Flora. Que restera-t-il de la période Zapatero ?
F.M. Je pense que les Espagnols oublieront qu'il a su très mal gérer la crise. Ils s'en souviendront surtout pour avoir été en fin de mandat, le leader socialiste qui s'est comporté en père fouettard, et aussi, et surtout, pour avoir modifier en profondeur les mœurs espagnoles: mariage homosexuel, divorce express, interruption volontaire de grossesse, légalisation de recherche à partir de cellules souches, et législation sur l'égalité des sexes, en particulier les quotas d'au moins 40% de femmes sur toutes les listes électorales.
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